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20h33

Ils s’étaient rencontrés dans un café.
Lui était assis à la table juste à côté de l’entrée, c’est là qu’on l’avait placé.
Elle était en retard. Ça il l’ignorait.
D’ailleurs, elle le sera à chacun de leur rendez-vous, et il finirait même par aimer ce trait de sa personnalité.
Pas qu’elle soit désinvolte, elle mettait souvent plusieurs réveils, mais le temps d’essayer 4 tenues, d’avoir l’avis de ses potes, trouver l’adresse, et puis y’a rien de plus long que de se maquiller à la manière d’un « genre, je l’ai fait vite fait ».
C’est tout un art de subtilités, qui se gâchait souvent lorsqu’elle courait.
Elle finissait par arriver décoiffée, l’air désolée, et ce mélange d’élégance chambardé, ça, un jour il en raffolerait.
Mais, aujourd’hui, il l’attendait.
C’est horrible d’arriver le premier, quand on ne se connaît pas.
Il la cherchait du regard à travers la baie vitrée, et avait l’impression d’être en rencard avec chaque silhouette qui passait.
Il se tenait droit, jetait des sourires au hasard, et chaque fois qu’on le regardait étonné, qu’il réalisait qu’il s’était trompé, il buvait une gorgée de son verre pour retrouver une contenance.
Désormais à moitié vide, il se dit que peut-être cela indiquerait qu’il avait beaucoup attendu, ou pire qu’il était venu trop tôt, cela trahirait une impatience qu’il avait, mais qu’il avait su contrôler en faisant les 100 pas dans sa chambre, et ça c’était hors de question, alors, sans réfléchir, il but d’un coup ce qu’il restait.
Le serveur vint aussitôt, lui proposa de le resservir, et dans cette question il entendit : « Cette fille, vous l’auriez pas inventée ? »
Il déclina poliment, se dit que peut-être, il s’était trompé d’adresse, ou d’heure, vérifia son téléphone, mais la porte s’ouvrit. Et…elle était là, debout devant l’entrée.
Personne ne le saura jamais, mais elle s’était arrêtée au coin, pour reprendre son souffle et se réajuster.
Elle avait, dissimulé dans son sac, son flacon de parfum qu’elle venait d’utiliser.
Elle s’avança vers lui, s’excusa poliment du retard, il n’eut même pas le temps de se lever, elle vint lui faire la bise et le fusil qu’elle avait chargé quelques mètres plus tôt – de rose et bergamote – lui transperça le cœur de plein fouet.
Heureusement que je ne me suis pas levé, pensa-t-il, je serais tombé.
Il jeta un regard au serveur, faisant mine de l’appeler, et dans cet appel on pouvait lire : « Cette fille je l’ai peut-être inventée, mais elle vient d’arriver. »
Le serveur revint, demanda ce qu’ils voulaient boire. Et…oh, le salaud. Ça il n’y avait pas pensé. Qu’ils sont diaboliques les serveurs de cafés avec toutes leurs questions.
Elle, de son côté, s’était emparée du menu, et faisait mine de regarder. En vérité, elle savait déjà ce qu’elle voulait mais attendait qu’il se prononce.
Instinctivement, il aurait voulu prendre une bière mais cela pourrait laisser sous-entendre qu’il souhaitait la draguer, que le verre tarde !
Prendre une bière c’est avouer qu’il espérait l’embrasser, le vin était un choix élégant, mais si on lui demandait (et on lui demanderait) quelle bouteille il voulait, il serait incapable de parler.
Enfin, il pourrait piocher une bouteille au hasard, mais s’il se plantait sur le nom, « Chianti, Chianti » non, il fallait trouver autre chose.
Euhm…Le chocolat chaud tuerait toutes ses chances de flirt, on flirte pas avec un chocolat chaud, on se réconforte à la limite, il vallait mieux éviter, se le réserver pour plus tard, si elle partait…
Mon dieu, que doit-on commander quand on voudrait tomber amoureux ?
Elle discrètement jetait des regards amusés.
C’est peut-être à ce moment là qu’elle en est tombée amoureuse. Ce moment très précis, où elle vu dans ses yeux qu’il ignorait quoi commander.
C’est charmant la timidité qui s’excuse d’exister.
Elle dit : on va prendre deux chocolats chauds.
Le serveur s’en alla.
Ça y est, il avait tout gâché.
Elle s’avança, l’embrassa au-dessus de la table, et le temps s’était arrêté.
Il s’était arrêté à jamais.
Pour toujours, qu’importe l’heure de la journée, il était 20h33, il avait 20 ans et elle 23. »

Compositeurs : Wladimir Pariente et Twenty9
Réalisateur : Navire Argo
Auteur : Félix Radu
Distribué par : Sony Music Entertainment France

Live session enregistrée au Quai de la photo à Paris le 4 février 2025.

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J’ai pas tout compris. Est-ce qu’on pourrait répéter ce qu’on attend de moi ? Non, j’ai dû être distrait, j’ai rien vu passer. J’ai pas loupé, j’sais pas, un signe du ciel ou du destin ? Quelque chose qui disait : C’est par là, t’inquiète, tout va bien. Enfin, vous comprenez, j’dis ce qui me vient, ça peut tout aussi bien ressembler à un dictionnaire, ou un panneau publicitaire, un truc céleste qui brille quoi, parce que ça devient urgent là. J’ai besoin d’air, et j’trouve pas comment ouvrir les fenêtres à l’univers. Putain ! Me faites pas croire que je suis le seul avec ce truc mélancolique qui grogne sur le palier. Qui bouffe dans mon assiette, et pisse sur les fleurs quand je vais me promener. En plus, je crois que c’est pas le mien ! On a du me le prêter, il est pas à ma taille, j’ai l’air d’un con, je flotte dedans comme un enfant qui porte le pull de ses darons. C’est pour ça. J’crois qu’on a du s’gourer au service des solitudes. Ils ont cru que j’étais deux, les numéros étaient collés. C’est pas grave, mais si on pouvait m’indiquer où ça se balance le mal d’exister qu’on a en trop ? Un service client ? Peut-être même un numéro ? Passez moi le délégué. Le responsable, le manager, j’ai deux trois trucs à lui dire ! Y’a combien de cœurs sur répondeur ? Ça fait 3 ans que j’ai pas pleuré. Pourtant j’sens qu’ça tangue dans ma tête. J’crois que mes larmes se sont paumées, entre les rêves et les regrets. Ça fait 3 ans que j’ai pas pleuré, mais j’les sens tomber en cachette C’est plus des larmes c’est de la pluie. De la pluie dans ma tête. Attendez, attendez ! Comment ça j’peux pas faire demi-tour ? Non, j’ai pas reçu l’info, non. Faut quoi un visa ? Un vaccin contre la nostalgie pour revenir sur ses pas ? Parce que j’en viens de là-bas, en fait, c’est là où j’ai grandi, l’avenir j’connais pas, j’suis juste venu ici en touriste pour visiter. C’est super, bravo, un peu triste la déco, mais j’vous laisse gérer. Comment ça sortie définitive ? C’est ma vie, ou un vigile de fin de soirée ? Laissez moi passer. Vous comprenez pas. J’ai pleins de potes de l’autre côté, un tas de projets que je me suis juré de retrouver quand mon sac serait moins lourd. J’ai des espoirs, mêmes des premiers amours. Laissez moi les prévenir ! Au moins leur dire que je reviendrai pas. Je suis parti comme si j’allais fumer une clope, j’avais pas vu le panneau stop, j’vous jure ! J’aurais su, j’aurais ralentit l’allure, j’serais rester 5 minutes de plus, j’aurais loupé mon arrêt de bus, j’aurais dit je t’aime plus fort, j’aurais fait plus d’efforts, j’sais pas, j’aurais tendu les bras, quand mon père le faisait pas. J’aurais pris plus de souvenirs, j’aurais eu moins envie de partir, j’aurais décroché son appel. Quelque part dans le passé, y’a ma grand-mère qu’est sans nouvelles. Ça fait 3 ans que j’ai pas pleuré. Pourtant j’sens qu’ça tangue dans ma tête J’crois que mes larmes se sont paumées, entre les rêves et les regrets Ça fait 3 ans que j’ai pas pleuré, mais j’les sens tomber en cachette C’est plus des larmes c’est de la pluie. De la pluie dans ma tête.